L'Union Musical de Maury

Quelques commentaires sur le site de l'Union Musicale de Maury par Jean Philippe BOCQUENET.

Le site de JP BOCQUENET http://www.bocquenet.fr/sites/www.union-musicale.net/index.html fait l'historique de l'Union Musicale de Maury, petit village des Pyrénées Orientales, sur un texte de Henri RUFFIANDIS. A cette version emphatique fournie et très bien documentée, il faut, quand même, apporter quelques commentaires.

1907

  Si l'Union Musicale se divisa en deux groupes, ce ne fut pas uniquement par "raison politique". La venue à Maury du jeune docteur Roucaché bouleversa la position confortable de la municipalité présente avec M. Villa comme maire et président de la Société de Secours Mutuel de Maury (début de sécurité sociale à usage communal). Etant docteur, et, il faut le dire, de tendance progressiste (socialiste à l'époque) M. Roucaché ayant accès aux comptes de la Société, s'interrogea sur la gestion des "notables", les "gros" comme on disait alors (et encore). Il constata certaines "erreurs" dans cette gestion et les dénonça au Maire, ce qui ne fût pas du goût de celui-ci qui ne trouva comme réponse que de le révoquer et de changer de docteur pour la Société de Secours Mutuel. D'où la révolte d'une partie de la population et la formation de deux clans: les Socialistes et les Bourgeois. Certains habitants de Maury étaient soit journaliers, soit petits propriétaires qui cherchaient de quoi ajouter à leur maigre revenu. Ceux-ci furent animés d'un sentiment d'injustice sociale et, dans l'autre camp les nantis et leurs valets ou courtisans ou suivant leurs convictions politiques (dixit: "Cal votar pels riches que nos fan viure!" en occitan "Il faut être du côté des riches qui nous font vivre ). Voilà l' explication de la partition du village et personne ne fut exclu. D'ailleurs, se sachant minoritaire, la partie au pouvoir, lors des élections municipales, fut à l'origine de provocations et ce fut le docteur Roucaché qui fut élu.
  Cela méritait une mise au point différente de la version du texte.
  Quant à la corde qui séparait les deux bals sur la place, elle est imaginaire: sur la place, il y avait deux orchestres et lorsque celui de la municipalité Villa jouait, les danseurs "Bourgeois" occupaient toute la place. Quand c'était au tour des "Socialistes" ils se contentaient, dans un soucis d'équité d'occuper la moitié de la place sans besoin de corde.

1914

  Je reprends les qualificatifs de "odieuse et honteuse" cité dans ce paragraphe. Il n'y a pas de honte à défendre ses intérêts et la justice sociale, quant à "odieuse" ceci laisse perplexe sur les raisons qui ont poussé le chroniqueur à qualifier ainsi un état de faits, et c'est parce que le bon droit a triomphé que s'est terminée la querelle qui a, comme on le voit, laissé des amertumes. Bien sûr toute querelle est vaine, mais d'où vient le mal, pourquoi, quand on est dans une situation plus que modeste (excusez la litote), faut-il se taire et se laisser exploiter. Le fait des révolutions est toujours l'exaspération des gens de condition modeste méprisés et maintenus dans le paupérisme. Si c'est la réaction de ceux-ci qui est "odieuse", comment faut-il qualifier celle qui la provocque. Bien sûr il y eut des excès, mais une brimade entraîne une revanche, malheureusement, c'est humain et condamnable.
Mais il fallait une mise au point, une autre façon de voir les faits.

1939

  Autre fait marquant à l'histoire de l'Union Musicale de Maury: en 1940, après l'armistice avec Hitler. L'Union, avec des effectifs réduits, (musiciens prisonniers de guerre et manque de motivation) alla à Perpignan pour une commémoration pour la "Légion des anciens combattants de 14-18". Le chef de l'"Etat Français", le Maréchal Pétain (héros victorieux de Verdun, mais qui mourut, tout de même, à plus de 90 ans, alors que plusieurs milliers de jeunes laissèrent leur vie pour .. la France) désirant mobiliser les Français, essaya, avec certains convaincus, de faire un défilé dans les rues de Perpignan. L'Union, fut mal récompensée, car pas une collation ni boisson ne leur fut offerte (pour "l'honneur"). A tel point que les organisateurs désirant renouveler le défilé, il leur fut répondu par Léon Galté (plus tard, en 1945, tuba à l'orchestre Roquelaure de Salses): "I a pas boubou, ia pas toutou!" (en occitan). L'expression 'boubou" désignant en occitan, pour les tout petits, la nourriture (bonbon), il voulait dire, par là que du moment qu'on les méprisait, il n'ya avait pas de raison de jouer "toutou" et d'être ridiculisé. L'expression fit flores et est restée dans les annales de "la Musique". Ce fut la dernière prestation de l'Union Musicale jusqu'après l'armistice et la paix en 1945. C'est un détail, mais il fallait que ce soit dit.
 
Gaston COUMES
Clarinette puis Saxo
à l'Union Musicale de Maury.
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